Bedon, Marine

Reçue

2025

Bedon, Marine

2025

Une jeune fille, issue d’un petit village agricole, vient d’intégrer une grande école, lieu des élites et des nantis. Elle découvre avec fascination ce monde inconnu auquel elle aspire. Mais elle fait aussi face au mépris de classe et aux préjugés des élites masculines à l’égard des femmes.

Face à cette double violence, son corps, livré aux mains incompréhensives des adultes, lui échappe.

Tandis qu’elle retourne de temps en temps chez les siens – qui la soutiennent sans bien comprendre son sentiment d’écartèlement –, et qu’elle repense à sa jeunesse à la campagne et à la petite fille toujours plongée dans les livres, la jeune fille se fraye un chemin dans cet autre monde où le savoir, l’argent, le pouvoir, se transmettent de génération en génération.

Reçue s’interroge les antagonismes entre ville et campagne, sur la violence symbolique qui s’exerce sur les transfuges de classe et particulièrement sur la place des femmes au sein de ces tensions.

Début scène 2

2.

– « Il fait quoi
Ton père ? »
Oui parce que ta mère
On s’en fout pas mal

On demande
Souvent
Facilement
Pas pour l’enquête sociologique
Pour les reconnaissances
Potentielles
Les aires d’exercice
Du pouvoir
– « Alors il fait quoi, ton père ?
Diplomate
Biologiste
Chimiste
Médecin ?
Chef d’entreprise
Chercheur, professeur
Responsable
De banque ?
Ingénieur ?

De la politique ? »

– « Verrier »
Ça fait artiste
Ou artisan
Comme la fois où mon professeur avait souri : « c’est bien, ça,
verrier »
« C’est un beau métier »
Et mon rictus, gênée :
« Euh
Il fait pas des bijoux
Pour des gens en vacances
Il surveille des machines
Qui font des bouteilles
En verre »
Et la gêne de l’autre
Le visage qui se ferme
Comme si vous aviez
Perdu quelque chose
Pas chercheur
Ni diplomate
Aristocrate
Ou rentier
Pas même artiste,
Mon père
Mais verrier
Verrier
Ça tait
Ce que ça dit

Mon père
À moi
Ancien copilote
De rallye automobile
(Ça faisait rêver les copains
À l’école)
Surveille
Des machines
Celles qui emballent le café
Dans l’usine, la même
Que sa mère avant lui
Et aussi
Des machines qui coulent des bouteilles :
Ouvrier spécialisé
Mon père
À moi

Mais ça,
Ça se dit pas
Ça se tait

Pourtant
Ça vaut pas moins
Mais c’est comme ça
Ce sont les autres qui décident
Et qui la dictent
La loi

—-
Scène # 1 #

– Du comté
C’est ça qu’il vous faut
Au goûter
Du comté
Vous avez même plus de muscles
Plus de quoi
Vous porter

/

– ça remonte à quand
La dernière fois
Que vous les avez eues ?

Ah oui, tant que ça ?

Et vous en voulez,
Des enfants ?

Parce que là…

/

– Eh ben t’as pas grossi
Hein ?
Elle a pas grossi
La petite
Tellement maigre
La radio
On pourrait la lui faire au briquet

/

– Du sport
Vous en faites beaucoup ?
Ah non ?

Comme ça
Vous êtes
Comme ça
Des fois
Faut pas trop s’en poser
Des questions

Pas de compétition ?
Ah oui ?

Alors ça reviendra
Ou pas
Vous reviendrez quand vous en voudrez

Des enfants

/

– Je veux juste te dire que je m’inquiète
Pour toi ;
Que ton père se fait du souci,
Voilà
—-
Vers la fin de la scène 3
Et puis il y a
Encore
Le cynisme
Implacable
De ceux qui ont versé dans l’athéisme
Jeunes hommes
Bourgeois
Philosophes
Qui humilient le monde
La vie, à coups de marteau
Se prennent pour
Nietzsche
Bataille
Parce qu’ils ont lu Artaud
N’aiment pas
Les femmes
Se moquent
Des pauvres
Ces hommes jeunes
Bourgeois
En bande
Qui détruisent tout sur leur passage
Ils ont leur place
Entre les murs
Gris
De l’École
C’est là qu’on le cultive
L’esprit dégénéré de l’élite qui n’a plus rien
À prouver

Et la petite fille
À qui la mamie
Dit
Qu’elle aurait aimé
L’école
Les études
Qu’elle avait
Les capacités
La volonté
Et le goût du travail
Et puis
Qu’elle a pas pu
Qu’on avait décidé
Pour elle
La ferme, les bêtes
Et la vie qu’elle a eue


Extrait de presse

« Reçue est un texte inspiré du parcours de l’autrice, porteur d’un sujet fort rarement traité au théâtre : la reproduction des élites et les ravages causés par le fort sentiment d’illégitimité pour celles et ceux qui ne font partie du « sérail ». (…)

La langue de Marine Bedon, proche de la poésie, avec ses retours à la ligne fréquents, nous percute.

Reçue raconte comment trouver sa place (…) et comment inventer de nouveaux espaces où les mondes se mêlent à l’images des estuaires et des embouchures quand les fleuves deviennent mer. »

Laurence Cazaux, <strong>Le Matricule des Anges</strong>, n°264, juin 2025]

« Originaire d'un village modeste, une jeune fille intègre une grande école réservée à l'élite, où richesse, influence et héritage familial règnent en maîtres. Transfuge de classe, elle navigue entre l'éblouissement face à son nouveau monde et le malaise de s'éloigner de ses origines rurales. À chaque retour dans sa famille, le fossé social se creuse davantage, renforçant son sentiment d'exclusion. Confrontée au mépris social et aux inégalités de genre, elle éprouve dans sa chair et son esprit la violence de cette double appartenance. Portée par une voix intérieure puissante, ce monologue en vers libres offre un témoignage remarquable et émouvant.»
[<strong>La revue des livres pour enfants</strong> – Centre national de la littérature pour la jeunesse (BnF), septembre 2025]

<h3>Vie du texte</h3>

Sortie de de travail en vue de la <strong>création</strong> par la [compagnie Jamais la neige-> https://www.facebook.com/profile.php?id=61556754457647], dans une mise en scène de Christelle Decuq, avec Marine Bedon, Agonia à Martres-Tolosane (31), 24 avril 2025.

<strong>Lecture par l'autrice d'extraits de REÇUE et de son précédent texte, RETOUR À X</strong>
À la Librairie Papeterie du Lycée à Fleurs (42)
Samedi 9 août 2025, de 10h à midi

<h3>Un court extrait lu par l’autrice</h3>

[ICI

Rubriques :

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Titre source

Reçue

Surtitre

Bedon, Marine

Sous-titre

2025

Description

EAN : 978-2-84705-314-2
13x21cm, 64 p., 13.50 €
Publié avec le soutien du Centre national du livre

Chapo

Une jeune fille, issue d’un petit village agricole, vient d’intégrer une grande école, lieu des élites et des nantis. Elle découvre avec fascination ce monde inconnu auquel elle aspire. Mais elle fait aussi face au mépris de classe et aux préjugés des élites masculines à l’égard des femmes.

Face à cette double violence, son corps, livré aux mains incompréhensives des adultes, lui échappe.

Tandis qu’elle retourne de temps en temps chez les siens – qui la soutiennent sans bien comprendre son sentiment d’écartèlement –, et qu’elle repense à sa jeunesse à la campagne et à la petite fille toujours plongée dans les livres, la jeune fille se fraye un chemin dans cet autre monde où le savoir, l’argent, le pouvoir, se transmettent de génération en génération.

{Reçue} s’interroge les antagonismes entre ville et campagne, sur la violence symbolique qui s’exerce sur les transfuges de classe et particulièrement sur la place des femmes au sein de ces tensions.

Texte source

{{Début scène 2}}

2.

- « Il fait quoi
Ton père ? »
Oui parce que ta mère
On s'en fout pas mal

On demande
Souvent
Facilement
Pas pour l'enquête sociologique
Pour les reconnaissances
Potentielles
Les aires d'exercice
Du pouvoir
- « Alors il fait quoi, ton père ?
Diplomate
Biologiste
Chimiste
Médecin ?
Chef d'entreprise
Chercheur, professeur
Responsable
De banque ?
Ingénieur ?

De la politique ? »

- « Verrier »
Ça fait artiste
Ou artisan
Comme la fois où mon professeur avait souri : « c'est bien, ça,
verrier »
« C'est un beau métier »
Et mon rictus, gênée :
« Euh
Il fait pas des bijoux
Pour des gens en vacances
Il surveille des machines
Qui font des bouteilles
En verre »
Et la gêne de l'autre
Le visage qui se ferme
Comme si vous aviez
Perdu quelque chose
Pas chercheur
Ni diplomate
Aristocrate
Ou rentier
Pas même artiste,
Mon père
Mais verrier
Verrier
Ça tait
Ce que ça dit

Mon père
À moi
Ancien copilote
De rallye automobile
(Ça faisait rêver les copains
À l’école)
Surveille
Des machines
Celles qui emballent le café
Dans l'usine, la même
Que sa mère avant lui
Et aussi
Des machines qui coulent des bouteilles :
Ouvrier spécialisé
Mon père
À moi

Mais ça,
Ça se dit pas
Ça se tait

Pourtant
Ça vaut pas moins
Mais c'est comme ça
Ce sont les autres qui décident
Et qui la dictent
La loi

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{{Scène # 1 #}}

- Du comté
C'est ça qu'il vous faut
Au goûter
Du comté
Vous avez même plus de muscles
Plus de quoi
Vous porter

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- ça remonte à quand
La dernière fois
Que vous les avez eues ?

Ah oui, tant que ça ?

Et vous en voulez,
Des enfants ?

Parce que là...

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- Eh ben t'as pas grossi
Hein ?
Elle a pas grossi
La petite
Tellement maigre
La radio
On pourrait la lui faire au briquet

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- Du sport
Vous en faites beaucoup ?
Ah non ?

Comme ça
Vous êtes
Comme ça
Des fois
Faut pas trop s'en poser
Des questions

Pas de compétition ?
Ah oui ?

Alors ça reviendra
Ou pas
Vous reviendrez quand vous en voudrez

Des enfants

/

- Je veux juste te dire que je m'inquiète
Pour toi ;
Que ton père se fait du souci,
Voilà
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{{Vers la fin de la scène 3}}
Et puis il y a
Encore
Le cynisme
Implacable
De ceux qui ont versé dans l'athéisme
Jeunes hommes
Bourgeois
Philosophes
Qui humilient le monde
La vie, à coups de marteau
Se prennent pour
Nietzsche
Bataille
Parce qu'ils ont lu Artaud
N'aiment pas
Les femmes
Se moquent
Des pauvres
Ces hommes jeunes
Bourgeois
En bande
Qui détruisent tout sur leur passage
Ils ont leur place
Entre les murs
Gris
De l'École
C'est là qu'on le cultive
L'esprit dégénéré de l'élite qui n'a plus rien
À prouver

{Et la petite fille
À qui la mamie
Dit
Qu'elle aurait aimé
L'école
Les études
Qu'elle avait
Les capacités
La volonté
Et le goût du travail
Et puis
Qu'elle a pas pu
Qu'on avait décidé
Pour elle
La ferme, les bêtes
Et la vie qu'elle a eue}

Post-scriptum

{{{Extrait de presse }}}

« {Reçue} est un texte inspiré du parcours de l’autrice, porteur d’un sujet fort rarement traité au théâtre : la reproduction des élites et les ravages causés par le fort sentiment d’illégitimité pour celles et ceux qui ne font partie du « sérail ». (…)

La langue de Marine Bedon, proche de la poésie, avec ses retours à la ligne fréquents, nous percute.

{Reçue} raconte comment trouver sa place (…) et comment inventer de nouveaux espaces où les mondes se mêlent à l’images des estuaires et des embouchures quand les fleuves deviennent mer. »

[Laurence Cazaux, {{Le Matricule des Anges}}, n°264, juin 2025]

« Originaire d'un village modeste, une jeune fille intègre une grande école réservée à l'élite, où richesse, influence et héritage familial règnent en maîtres. Transfuge de classe, elle navigue entre l'éblouissement face à son nouveau monde et le malaise de s'éloigner de ses origines rurales. À chaque retour dans sa famille, le fossé social se creuse davantage, renforçant son sentiment d'exclusion. Confrontée au mépris social et aux inégalités de genre, elle éprouve dans sa chair et son esprit la violence de cette double appartenance. Portée par une voix intérieure puissante, ce monologue en vers libres offre un témoignage remarquable et émouvant.»
[{{La revue des livres pour enfants}} - Centre national de la littérature pour la jeunesse (BnF), septembre 2025]

{{{Vie du texte}}}

Sortie de de travail en vue de la {{création}} par la [compagnie Jamais la neige-> https://www.facebook.com/profile.php?id=61556754457647], dans une mise en scène de Christelle Decuq, avec Marine Bedon, Agonia à Martres-Tolosane (31), 24 avril 2025.

{{Lecture par l'autrice d'extraits de REÇUE et de son précédent texte, RETOUR À X}}
À la Librairie Papeterie du Lycée à Fleurs (42)
Samedi 9 août 2025, de 10h à midi

{{{Un court extrait lu par l’autrice}}}

[ICI->https://soundcloud.com/user-932021568/lecture-par-lautrice-recue-de-marine-bedon-extrait-1]

Langue

fr

Statut source

publie

Date source

2025-05-08 18:39:00

Date de rédaction

0000-00-00 00:00:00

Date de modif

2025-09-21 18:37:08